Derrière le silence: L’impact caché des MST au Rwanda


Dans les couloirs feutrés du Centre Hospitalier de Kibagabaga, les voix sont basses, les regards fuyants. Ici, comme dans de nombreux centres de santé à travers le pays, les patients atteints de maladies sexuellement transmissibles (MST) viennent chercher un traitement… souvent trop tard. Et souvent, seuls.

Malgré les campagnes de sensibilisation, les chiffres dévoilés par le Rwanda Biomedical Center (RBC) dressent un constat alarmant : plus de 18 000 nouveaux cas de MST ont été enregistrés en 2024. Les infections les plus courantes sont la syphilis, la gonorrhée et la chlamydia. Quant au VIH, il touche encore 3 % de la population bien que son incidence ait globalement diminué grâce aux traitements antirétroviraux.

Mais derrière ces chiffres froids, se cachent des vies marquées par la douleur, la peur et le silence.

Clémentine (nom modifié), 23 ans, étudiante à l’Université du Rwanda, n’a découvert qu’après plusieurs mois de souffrance qu’elle souffrait d’une infection sexuellement transmissible.

« Cela faisait trois mois que je ressentais une douleur intense en urinant. Je n’ai rien dit à mon partenaire, j’avais honte. Finalement, on m’a transférée à l’hôpital avec une infection grave. Quand je suis allée me faire soigner, la maladie m’avait déjà beaucoup affaiblie ; j’étais au bord de la mort à cause des douleurs insupportables et de la fièvre persistante. »

Le retard au dépistage n’est pas un cas isolé. Selon le Dr Mugwaneza Dative, qui suit de nombreux cas similaires: « Ce qui nous inquiète, c’est que beaucoup de jeunes viennent consulter alors qu’ils sont déjà à un stade avancé de l’infection, parfois après avoir infecté plusieurs partenaires. »

Une réalité invisible derrière les murs des églises et des écoles

Dans un quartier populaire de Kigali, un homme de 29 ans, ancien dirigeant d’un groupe de jeunes dans une église pentecôtiste, accepte de parler sous couvert d’anonymat.

« J’ai remarqué des symptômes de la syphilis, mais je ne pouvais pas me faire soigner dans un endroit où les gens me connaissaient. À cause du respect que j’avais au sein de la chorale, j’ai gardé cela secret… jusqu’à ce que j’infecte ma femme. Par honte, j’ai porté atteinte à la dignité d’une autre personne. »

Ce récit illustre à quel point la pression sociale et religieuse peut conduire à la dissimulation et au non-recours aux soins, aggravant ainsi la transmission silencieuse des MST dans la communauté.

Ignorance, tabous et accès inégal aux soins

Au-delà de la peur, le manque d’information correcte reste un obstacle majeur.

Dr Elie, médecin généraliste, explique : « Les idées fausses sur la sexualité sont largement répandues, surtout chez les adolescents. Certains croient que les MST se voient à l’œil nu ou que les médicaments traditionnels suffisent. D’autres pensent qu’en se lavant après l’acte, on élimine le risque. »

Une étude menée en 2023 a révélé que près de 47 % des jeunes évitent les centres de dépistage par peur d’être jugés par leurs parents ou leurs dirigeants religieux. Le système éducatif, quant à lui, reste discret voire muet sur la santé sexuelle, laissant les jeunes se tourner vers des sources peu fiables.

Dans son bureau modeste, le Dr Jean Bosco a déclaré ceci : « Ces infections qu’on minimise détruisent des vies. Certaines jeunes femmes deviennent stériles à cause de la chlamydia ou de la gonorrhée. Nous voyons aussi de plus en plus d’hommes avec des complications urogénitales graves. »

Face au mur du silence et des tabous, parler reste l’arme la plus puissante. Briser la peur, éduquer sans juger, ouvrir des espaces sûrs dans les écoles, les familles et les lieux de culte pourrait sauver des milliers de vies.

 

 

 

 

AVEC UMWIZA Louise/stagiaire


IZINDI NKURU

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