Le climat a changé et les récoltes aussi: L’agriculture rwandaise face à la menace du changement climatique


Au Rwanda, l’agriculture, qui fait vivre près de 70 % de la population, est de plus en plus menacée par un ennemi silencieux mais implacable: Le changement climatique. Sécheresses prolongées, pluies imprévisibles, glissements de terrain et apparition de nouveaux ravageurs compromettent la sécurité alimentaire du pays et mettent en péril les moyens de subsistance des agriculteurs.

La saison ne prévient plus

À Rulindo, Marie Mukankusi, cultivatrice de maïs depuis plus de 25 ans, décrit avec inquiétude les transformations du climat : « Avant, même si nous étions pauvres, nous connaissions les saisons : on savait quand planter. Mais aujourd’hui ? La pluie peut tomber de manière soudaine et violente, emportant tout sur son passage ou alors disparaître complètement. »

Ses récoltes, autrefois suffisantes pour nourrir sa famille et vendre au marché local, sont désormais incertaines. En 2023, elle a perdu plus de la moitié de sa production à cause d’une sécheresse prolongée suivie d’une pluie torrentielle qui a lessivé ses semences.

Bien que le Rwanda émette très peu de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, il subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Selon le Ministère de l’Environnement, la température moyenne a augmenté de 1,4 °C depuis 1970. Les phénomènes climatiques extrêmes, quant à eux, sont devenus plus fréquents et plus destructeurs.

D’après l’Agence météorologique du Rwanda, les précipitations sont désormais moins régulières, avec des saisons de plus en plus imprévisibles. Par exemple, les inondations survenues entre mars et mai 2023 ont détruit plus de 5 000 hectares de cultures dans l’ouest du pays.

Le Dr Jean-Claude Ndayambaje, expert en agronomie et enseignant-chercheur à l’Université du Rwanda, confirme que le climat bouleverse profondément les pratiques agricoles : « Le changement climatique modifie complètement le calendrier agricole. Des cultures comme le maïs ou le haricot, autrefois bien adaptées à certaines altitudes et saisons, ne produisent plus comme avant. De nouveaux parasites, tels que la chenille légionnaire, prolifèrent à cause des températures plus élevées. »

Selon lui, sans mesures d’adaptation rapides, les pertes agricoles pourraient atteindre jusqu’à 20 % par décennie dans certaines régions.

Pour faire face à cette urgence, le gouvernement a mis en place le programme Green Gicumbi, investi dans des systèmes d’irrigation, promu l’utilisation de semences résistantes à la sécheresse et encouragé l’agroforesterie. Mais l’ampleur du défi reste immense.

Diane Uwamahoro, ingénieure agronome dans une coopérative de Bugesera, témoigne : « Il y a de la volonté politique, mais les moyens financiers sont insuffisants. Les petits agriculteurs manquent de ressources pour investir dans des technologies durables, comme les systèmes d’irrigation ou les entrepôts de conservation. » 

Des paysans résilients… jusqu’à quand ?

À Nyamagabe, un groupe de femmes réunies dans la coopérative Abishyizehamwe expérimente des techniques d’agriculture de conservation : paillage, cultures associées, récupération de l’eau de pluie…

Espérance Nyiraminani, présidente du groupement, explique :« Nous ne voulons pas rester à tendre la main. Nous voulons trouver des solutions par nous-mêmes. Mais nous avons besoin de soutien en équipements et en formations. »

Le changement climatique n’est plus une menace abstraite. Il se manifeste dans les champs asséchés, les semences qui ne germent pas, les marchés vides. Face à cette réalité, une action coordonnée s’impose  entre l’État, les scientifiques, les bailleurs de fonds et les communautés agricoles.

Comme le dit Marie Mukankusi, les yeux fixés sur sa terre craquelée : « Même si la pluie ne vient pas, nous n’avons pas le choix : nous devons continuer à cultiver. »

Entre 2007 et 2022, les aléas climatiques ont entraîné des pertes estimées à près de 200 millions de dollars dans le secteur agricole rwandais, selon la Banque mondiale. Depuis 2015, plus d’un million de personnes ont été touchées par l’insécurité alimentaire provoquée par les dérèglements climatiques. Les rendements en maïs ont chuté de 30 % dans certaines régions depuis 2018, alors même que près de 70 % de la population rwandaise dépend directement de l’agriculture pour sa subsistance.

 

 

 

AVEC NIKUZE NKUSI Diane


IZINDI NKURU

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